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mardi 31 mars 2020

Confinement jour 14 / poème 2

Transe antédiluvienne

J'aurai beau chercher la proie jusque dans le désert
Dans le tableau rouge, et de mon père et de ma mère,
Dans les sous-bois charpentés et les collines insensées
Je ne me ferai pourtant jamais chasseur.

Sous le feuillage d'un bois j'aurais tôt fait de m'arrêter
Ecouter les restes de pluies après le déluge dans la vallée,
Voir les amours naissants des pierres s'envoler
C'est un cadeau léger que de s'effacer dans la chaleur.

Ou dans le gazon gris d'une ville inanimée, abrutie
Par l'instant suspendu là, laissant flotter les particules
D'une canicule où les clavicules offrent une vastitude -
d'os de nos cœurs / ravagés d'une impossible parousie.

Giorgio de Chirico, La tour rouge, 1913

lundi 23 mars 2020

Confinement jour 6 / poème 1


Pierre Soulages "Peinture 181x244", 25 février 2009, triptyque, acrylique sur toile.


Hylé

De la consistance,
la Matière :
enveloppée d'un je-ne-sais-quoi /
   un rien qui laisse
   à sentir
sentir quelque chose ;

Il y a bien l'existence :
la pierre, le feu, le doute
(ils) imprègnent mon corps,
   sans cesse parcouru par
   des Fourmis (vivantes
 parmi les vivants).

Il y a bien quelque chose
qui reste -
   de la matière dans la fumée
   après le doute / quelque chose
d'autre que la pierre.

mardi 27 août 2019

Rimes russes.


A. Pouchkine et C. Batiouchkov



J'ai survécu à mes désirs
Et quitté mes rêves, lucide,
Il ne me reste qu'à souffrir
Devant les fruits de mon cœur vide.

Couronne effeuillée au matin
Sous l'orage d'un sort contraire...
Déjà je vis en solitaire,
Et tristement j'attend ma fin.

L'orage siffle sur la terre
Frappée par la rigueur du sort,
Tremble sous l'arbre, seule encor,
Une feuille retardataire.

A. Pouchkine, (1821)

ÉLÉGIE

Il est des voluptés dans les forêts sauvages,
Et des plaisirs naissants sur de vides rivages,
Il est une harmonie en ce langage fier
Des vagues se brisant sur la grève des mers.
Oui, j'aime mon prochain, mais toi, Mère Nature,
Je te préfère à tout, souveraine, oubliant
Près de toi ce que fut naguère mon printemps,
Et ce que fit de moi la froide flétrissure
Des ans. Ainsi mon cœur se ranimant encor,
Plein de sentiments neufs et d'ardeur salutaire,
Cherche à les exprimer en des paroles d'or,
Mais ne les trouvant pas, pourtant, ne peut se taire.

C. Batiouchkov

vendredi 21 juin 2019

L'impossible possession de la nudité.


Le nu perdu,

 Porteront rameaux ceux dont l'endurance sait user la nuit noueuse qui précède et suit l'éclair. Leur parole reçoit existence du fruit intermittent qui la propage en se dilacérant. Ils sont les fils incestueux de l'entaille et du signe, qui  élevèrent aux margelles le cercle en fleurs de la jarre du ralliement. La rage des vents les maintient encore dévêtus. Contre eux vole un duvet de nuit noire.

René Char, Le nu perdu, 1978, Poésie/Gallimard

jeudi 8 décembre 2016

Rien de nouveau sous le soleil.



 Il n'y a pas grand chose de nouveau sous le soleil.
 Et il n'y a pas grand chose de nouveau quand j'ouvre les yeux.
 J'trouve rien de mieux à faire,
 Que de chantonner "j'suis perdu, ho ho hé, j'suis perdu"
 En relisant Bataille et les autres qui vont avec.

 D'toute façon j'ai rien de mieux à faire
 Que réécouter Mahler, encore une fois,
 Et allumer la treizième cigarette,
 Sous le nez inexistant du poisson
 Clown.

 Parce qu'y a pas grand chose de nouveau,
 D'toute façon, et
 Que j'trouve rien de mieux que ce qu'il y'avait déjà.