Les Maraudeurs de Tom Cooper
On a parfois tendance à lire des livres comme l'on regarde des films aujourd'hui : de manière boulimique et sans profondeur. Il faut dire que les titres sont souvent accrocheurs, les couvertures soignées, comme de beaux acteurs américains bien choisis, mais le reste laisse parfois (et disons plus : souvent) à désirer. Ce n'est pas vraiment le cas de cette petite pépite qui nous garde longtemps pantois, bien après avoir refermé sa quatrième de couverture.
Et pourtant, à première vue, difficile de dire ce qui nous tient en haleine dans ce livre. Au départ, trop de personnages avec des noms complexes à retenir (pour un lecteur francisé), une ambiance qui met plusieurs chapitres à s'installer, et surtout des -més-aventures qui paraissent, à première vue, indépendantes les unes des autres. Tout cela est faux, à partir d'un certain point.
C'est comme si Tom Cooper nous disait "voilà, j'aurais pu continuer comme ça, mais j'ai choisi de passer à la vitesse supérieure". Et sans s'en rendre compte, nous voilà captivés, subjugués par une histoire que l'on a vue venir tout en la sous-estimant. On savait que quelque chose relierait ces vies désenchantées et salie par la vase, par le pétrole, par les catastrophes et empestant la crevette. Mais on ne pensait pas que cela les relierait aussi bien. Difficile d'exprimer ce que la lecture des Maraudeurs déclenche en nous : une sorte de fascination triste, un peu perverse aussi. Parce quoi qu'on en dise, on adore ces histoires de marécages. Et qu'on en redemande encore.
Cela fait bien longtemps qu'en parcourant les auteurs américains qui osent parler de la profondeur de leur pays (de cette profondeur bien souvent dure et sale), nous ne sommes pas tombés sur un écrivain de cette sorte là. Vous savez, le dernier c'était probablement Donald Ray Pollock. Les deux se ressemblent bien. Ils savent mettre en scène des éclopés de la vie étasunienne. Et ils savent nous les faire aimer. Impossible de détester le personnage de Lindquist ici. Cet homme à qui il ne reste qu'un bras, et qui se fait voler sa prothèse en guise d'introduction. Qui parcourt la Barataria avec son détecteur de métaux, dans une certitude constante de découvrir le trésor de sa vie. Celui qui lui permettra de partir de cet enfer, de vivre une autre vie. Bien évidemment, ce n'est pas spoiler que de dire que cela n'arrivera jamais. On ne sort pas du Bayou. Une fois né et grandi en lui, on y reste jusqu'à la mort -même quand elle est violente. C'est ce que comprend le jeune personnage du livre, Wes Trench, une fois les péripéties en passe de se terminer :
C'est comme si Tom Cooper nous disait "voilà, j'aurais pu continuer comme ça, mais j'ai choisi de passer à la vitesse supérieure". Et sans s'en rendre compte, nous voilà captivés, subjugués par une histoire que l'on a vue venir tout en la sous-estimant. On savait que quelque chose relierait ces vies désenchantées et salie par la vase, par le pétrole, par les catastrophes et empestant la crevette. Mais on ne pensait pas que cela les relierait aussi bien. Difficile d'exprimer ce que la lecture des Maraudeurs déclenche en nous : une sorte de fascination triste, un peu perverse aussi. Parce quoi qu'on en dise, on adore ces histoires de marécages. Et qu'on en redemande encore.
Cela fait bien longtemps qu'en parcourant les auteurs américains qui osent parler de la profondeur de leur pays (de cette profondeur bien souvent dure et sale), nous ne sommes pas tombés sur un écrivain de cette sorte là. Vous savez, le dernier c'était probablement Donald Ray Pollock. Les deux se ressemblent bien. Ils savent mettre en scène des éclopés de la vie étasunienne. Et ils savent nous les faire aimer. Impossible de détester le personnage de Lindquist ici. Cet homme à qui il ne reste qu'un bras, et qui se fait voler sa prothèse en guise d'introduction. Qui parcourt la Barataria avec son détecteur de métaux, dans une certitude constante de découvrir le trésor de sa vie. Celui qui lui permettra de partir de cet enfer, de vivre une autre vie. Bien évidemment, ce n'est pas spoiler que de dire que cela n'arrivera jamais. On ne sort pas du Bayou. Une fois né et grandi en lui, on y reste jusqu'à la mort -même quand elle est violente. C'est ce que comprend le jeune personnage du livre, Wes Trench, une fois les péripéties en passe de se terminer :
"Quand on traversait la ville, on ne voyait que des devantures condamnées, des bicoques affaissées sous le poids des éléments et des pontons qui partaient en ruine, une planche après l'autre, engloutis dans le bayou.
Et toujours ce même refrain, à la télé comme dans les livres : la Barataria était en train de disparaître, de s'effondrer dans les eaux du golfe. (...) Bientôt, disaient les anciens, Jeanette ne serait plus qu'une ville fantôme, noyée au fond de la baie. La tombe de vos parents, la tombe de vos grands-parents, peut-être même votre propre tombe- six pieds sous l'eau. (...)
Dès qu'il franchissait les frontières de Jeanette, il se faisait l'effet d'un étranger, d'un inconnu du passage. Sa façon de parler, les mots qu'il employait, le teint bistre de sa peau, couleur de boue. Les gens lui disaient qu'il avait le bayou dans la voix. D'autres, moins amènes, le traitaient de plouc. (...) Pour le meilleur et pour le pire, c'était ici qu'il était chez lui, dans la Barataria. Quoi que cela puisse vouloir dire.
Wes sentait que son avenir était enraciné à ce lieu. A moins qu'il n'y fût attaché au contraire par la force de la gravité du passé. Peut-être un peu des deux."C'est un souffle frais apporté par Cooper avec ce livre merveilleux, malgré toute la douleur qu'il contient. Une ode incroyable et savoureuse au Bayou ; à ce qui se meurt et se démène pour ne pas couler. A ce qui disparaît, parce qu'on en a oublié un moment la beauté.

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